Il y a la foule, compacte, ramassée, anonyme.

Et ALEXANDRE MIJATOVIC

Soudain quelque chose se passe entre les deux et les mains du sculpteur prélèvent une forme de cette foule. Pétrie, malaxée, tournée, elle s’anime, prend vie et sort de l’incognito pour entrer dans une nouvelle famille, prendre place et personnalité.

La notion de fratrie est évidente lorsque l’on regarde toute cette petite troupe engendrée dans l'imaginaire d’ Alexandre Mijatovic​. Sa signature artistique définit leurs gènes communs : tête ronde et chauve, nez très présent, allure dégingandée … et surtout, surtout, des mains expressives, loquaces, qui accompagnent et appuient chaque geste.

 

La terre, la résine, le bronze , alliés parfois à des éléments de récupération servent un choix narratif tendrement mélancolique. En marche, les mains dans les poches, le dos courbé ou assis, recroquevillé sur lui- même, enveloppé dans ses propres bras, chaque personnage dans sa singularité exprime un sentiment, un état d’esprit, un instantané de l’âme. Étrangement proche, complice, attirant.

 

Empathie et bienveillance, humour et dérision, chaleur et discrétion, l’artiste distille ses qualités dans chacune de ses sculptures et l’humanité simple et fragile est au rendez-vous. Avec talent. Claudine DUFOUR-MEURISSE Rédactrice artistique

 

Claudine DUFOUR-MEURISSE - Rédactrice artistique

 

 

 

Ces personnages modelés dans une terre colorée émergent comme l’enfant du fœtus conservant la rondeur enveloppée de la conception source des entrailles. Leurs corps est tout entier l’émanation d’une intention d’exprimer quelque chose, un ressenti  profond suscité par les évènements de la vie : attente, nostalgie, peur, amusement, amour, tendresse, plénitude…

 

 

Ces petits êtres adultes mais de la taille d’un enfant font chacun leurs sketches sur le plateau d’un théâtre muet mais assourdissant d’histoires racontées par leurs corps.

 

Comment ne pas s’arrêter longuement auprès d’eux pour les écouter.   

 

         Danièle LEON - Atelier du verbe

 

 

 

De poses de la vie quotidienne, voire urbaines, en attitudes intimes, une même figure se décline d’œuvres en œuvres dans la création d’Alexandre Mijatovic, celle d’un homme méditatif et énigmatique.

 

Cet homme, ce héros solitaire, au faciès clairement reconnaissable fait figure d’autoportrait. D’un air pensif, les yeux mi-clos ou ouvert pour regarder le monde, il est plongé dans un recueillement, une introspection.

 

Dans certaines sculptures, il est représenté à la verticale la tête en bas, tombé du ciel tel un ange déchu tandis qu’un oreiller amortit sa chute imaginaire.

 

Le rêve se fait jour avec ses merveilles, ses craintes et ses mystères. L’oreiller est du reste assez présent dans ses dernières créations comme pour souligner la présence de deux mondes, la réalité singulière et le rêve dont la douceur et le fantasme nous aspirent vers un ailleurs.

 

L’homme serre parfois un oreiller dans ses bras et, lorsqu’il est absent, il serre son propre corps, embrassant le vide d’un rêve perdu. De la chaleur de la terre encore humide s’émancipe la forme dans les mains de l’artiste qui avoue une passion pour sa malléabilité suscitant un toucher dont la sobre sensualité et la pudeur transpirent dans ses sculptures.

 

Il transcende la pesanteur de la matière, renverse l’ordre convenu de la représentation du corps pour transporter le spectateur dans le sensible d’un univers où brille le soleil noir de la mélancolie. Cette création nous berce dans le vague à l’âme de l’intimité, du recueillement par une quête d’authenticité qui ne peut que bouleverser par sa force centrifuge.

 

Véronique PERRIOL - Directrice artistique galerie ARCIMA

 

 

 

Un crâne chauve, d’une rotondité propice aux pitreries. Des yeux clos, comme une invitation à l’introspection ou bien parce que l’attitude corporelle peut révéler au moins autant de l’âme que ne le font ses miroirs globuleux. Un nez obstiné. Une bouche expressive, tour à tour boudeuse ou dubitative. Les bronzes d’Alexandre Mijatovic expriment sensibilité et mélancolie.

 

Pour ces raisons, nous lui collerions volontiers l’étiquette d’expressionniste. Toutefois ce serait aller un peu vite en besogne. Mijatovic est peut-être un expressionniste mais alors un 3.0. Je m’explique. Certes, la vie est faite de doute et de souffrance psychologique, c’est confirmé par la solidité de l’alliage qu’il coule.

 

Mais à cela l’artiste ajoute un humour sincère, de l’espièglerie, par le traitement de situations décalées, des titres amusants. Ses personnages nous parlent, nous touchent, nous inspirent tendresse et compassion tout en ayant la politesse de nous faire sourire de leurs mésaventures.

 

Mijatovic, c’est l’expression positive, optimiste, de cette humaine condition dont la gravité nous pèse au quotidien. Il est déjà un sculpteur de renom, dont la notoriété a largement dépassé nos frontières.

 

Depuis 2008, son travail ne cesse d’être récompensé.

 

Michaël – Galerie Justpourvousart

 

 

 

D'aussi loin qu'il s'en souvienne, Alexandre a toujours aimé la sculpture.

La sculpture figurative, de la Rome antique à Rodin évidemment, mais tout autant les classiques du 17ème siècle.

 

Pas de préférence particulière, l'impression des œuvres prévaut. Mais il ne se doutait peut-être pas qu'en découvrant le travail de la terre cuite en 1999, ce cours du soir occuperait une place si importante dans sa vie.

 

Car de travail collectif en atelier puis en expositions, il a rapidement affirmé son style et sa personnalité, ce qui fait le "petit quelque chose en plus" qui distingue le dilettante du créateur, de l'artiste.

 

Aujourd'hui Alexandre conserve une affinité toute particulière pour la terre : elle est réactive et répond à son approche instinctive de la sculpture. Car si ses œuvres sont figuratives, elles donnent corps à des impressions, des instants.

 

Simples et profondes, elles font l'effet du haïku japonais, ces poèmes de dix-sept syllabes, mystérieux et évocateurs.

Ces personnages capturent des instantanés, non pas comme une photo qui fige les détails, mais à la manière éthérée des souvenirs et sensations qui nous remontent du passé, telle la madeleine de Proust.

 

Pour Alexandre le corps et le sentiment sont indissociables, le premier est l'expression et le prolongement du second.

Tout comme le danseur utilise tout son corps pour faire passer ses émotions, les personnages d'Alexandre ne sont pas des visages expressifs posés sur des bustes mais s'expriment de la tête aux pieds.

 

Dans la chanson de Jacques Brel Les timides, revient l'expression "on dirait qu'ils portent une valise dans chaque main". Les personnages d'Alexandre pourraient parfois sortir de ce type d'images, suffisamment expressives pour que tout ajout d'accessoire soit superflu.

Timide et discret, Alexandre l'est, il recherche la simplicité. Si ses personnages sont habillés, c'est pour mieux nous rapprocher de notre quotidien et mieux faire écho à nos propres ressentis.

 

Cette proximité permet la rencontre, la projection, tout ce que l'artiste recherche. L'échange est sans doute pour lui la plus grande récompense en plus de lui permettre d'évoluer et d'avancer.

 

Enfin si vous voyez une ressemblance entre le créateur et ses œuvres, n'y voyez pas l'égo de l'artiste. Chaque personnage lui ressemble comme les membres d'une même famille. Vous savez qu'un enfant tient de son père ou de sa mère, mais il est parfois difficile de savoir si ce sont les yeux, une posture, un sourire, une fossette.

 

C'est ainsi qu'il faut les voir et qu'il accepte de les laisser partir à l'issue d'une heureuse rencontre...

... la vôtre peut-être ?

 

Guillaume Ménage - Administrateur du salon de l'Art à Fontenay

 

 

 

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